C’est dans son bureau du département des langues slaves de l’Université Lumière Lyon 2, entre deux piles de thèses annotées et un tableau blanc couvert de paradigmes de déclinaisons, qu’Élise Marchand nous reçoit un mardi après-midi. Sur son bureau, l’édition en fac-similé du Manuel de prononciation russe de Boyanus et plusieurs exemplaires de sa propre publication — Le russe pour les linguistes francophones (Presses universitaires de Lyon, 2019) — marqués de post-its de couleurs différentes. Dix-huit ans à enseigner le russe langue étrangère à des étudiants de licence, de master et à des adultes en formation continue l’ont dotée d’un catalogue remarquable d’erreurs systématiques, de blocages récurrents et de percées inattendues. Elle est aussi l’une des rares chercheuses à s’être concentrée sur la question spécifique de l’apprentissage du russe par des locuteurs de langues romanes — pas les anglophones, pour une fois.
Élise Marchand est maîtresse de conférences en linguistique slave à l’Université Lumière Lyon 2 depuis 2007. Spécialiste de la didactique du russe langue étrangère pour les locuteurs francophones, elle a co-dirigé le programme d’études franco-russe de Lyon pendant six ans et dirige aujourd’hui un axe de recherche sur l’acquisition des langues à système casuel par des apprenants de langues romanes. Son dernier article dans la Revue des études slaves porte sur l’influence de la syntaxe française sur les productions écrites d’apprenants russophones avancés. Pour cet entretien, Nicolas Durand lui a posé les questions que se posent les autodidactes francophones.
Maîtresse de conférences en linguistique slave, Université Lumière Lyon 2
Spécialiste de l'acquisition du russe langue étrangère pour les francophones. 18 ans d'expérience pédagogique. Auteure de Le russe pour les linguistes francophones (PUL, 2019). Chercheuse sur l'acquisition des langues à système casuel par les locuteurs de langues romanes.
Ce qui distingue le russe des autres langues slaves
Nicolas Durand : Élise Marchand, vous êtes linguiste spécialisée dans les langues slaves. D'un point de vue linguistique, qu'est-ce qui distingue vraiment le russe des autres langues de la même famille — le polonais, le tchèque, le bulgare ?
Élise Marchand : Ce qui frappe d'abord, c'est que le russe est la langue slave la plus conservatrice sur le plan morphologique. Il a maintenu un système casuel à six cas, là où le bulgare et le macédonien l'ont presque entièrement abandonné au profit d'articles définis et d'une syntaxe positionnelle proche du français. Le polonais et le tchèque ont conservé des cas, mais leurs systèmes phonologiques sont très différents — des consonnes en amas qui n'existent pas en russe.Ce qui distingue aussi le russe, c’est son vocabulaire. Il a absorbé d’énormes quantités de mots français et allemands au XVIIIe siècle, puis anglais au XXe et XXIe siècles. Pour un francophone, c’est une aubaine cachée : les mots революция (révolution), культура (culture), ресторан (restaurant), профессор (professeur) sont transparents. Certains linguistes estiment que 10 à 15 % du vocabulaire russe courant a des cognats français reconnaissables.
Enfin, le russe est la seule grande langue slave à avoir deux systèmes d’écriture actifs : le cyrillique officiel et, dans certains contextes informels, la translittération latine utilisée dans les SMS et sur les réseaux sociaux. Cette dualité est intéressante pédagogiquement — mais elle peut créer de la confusion chez les apprenants.
Les plus grandes difficultés pour un francophone
Nicolas Durand : Justement, dans votre expérience d'enseignante, quelles sont les difficultés les plus persistantes que rencontrent les francophones en apprenant le russe ?
Élise Marchand : Je dirais qu'il y en a trois qui sont absolument universelles parmi mes étudiants, quel que soit leur niveau d'éducation ou leur expérience des langues.La première, c’est le système casuel. En français, la syntaxe porte le sens : l’ordre sujet-verbe-objet est structurant. En russe, ce sont les terminaisons des noms et des adjectifs qui portent les relations grammaticales — l’ordre des mots est bien plus libre. Ce n’est pas juste un apprentissage de terminaisons : c’est une reconfiguration de la façon dont on construit du sens. Les francophones construisent des phrases russes grammaticalement correctes en termes de vocabulaire mais syntaxiquement françaises — et ça sonne faux pour un natif.
La deuxième difficulté, c’est l’aspect verbal. En français, on gère le temps et l’aspect avec les temps verbaux : imparfait vs passé composé, etc. En russe, l’aspect (perfectif vs imperfectif) est une propriété du verbe lui-même, pas un temps. Chaque verbe existe en deux versions : читать (lire, en cours) vs прочитать (lire jusqu’au bout, finir de lire). Ce concept n’existe pas en français — il faut construire une intuition de zéro.
La troisième, c’est l’accent tonique mobile. En français, l’accent est prévisible (toujours sur la dernière syllabe ou groupe rythmique). En russe, l’accent peut tomber sur n’importe quelle syllabe, il change avec la déclinaison, et son emplacement modifie la prononciation des voyelles adjacentes. Un apprenant qui ne travaille pas l’oreille très tôt développe une prononciation figée qui sera difficile à corriger plus tard.
Peut-on vraiment apprendre le russe seul ?
Nicolas Durand : Peut-on vraiment apprendre le russe seul à la maison, sans professeur, jusqu'à un niveau conversationnel ?
Élise Marchand : Oui, clairement — et les ressources disponibles en 2026 rendent cela plus accessible que jamais. Mais il y a deux conditions.La première condition, c’est avoir une méthode structurée. L’autodidacte qui picore entre dix applications, trois livres et des vidéos YouTube sans progressivité construite va accumuler des fragments mais pas une compétence. Le russe est une langue qui exige une acquisition en couches successives — les cas dans un certain ordre, les aspects verbaux après un minimum de vocabulaire établi, les déclinaisons des adjectifs après les déclinaisons des noms. L’ordre n’est pas arbitraire.
La deuxième condition, c’est l’exposition orale dès le début. Les autodidactes qui retardent la pratique orale — parce qu’ils « n’ont pas encore le niveau » — développent une relation écrite à la langue qui se révèle très difficile à oraliser plus tard. Parler (à voix haute, seul, d’abord) dès les premières semaines active des circuits que l’écrit seul ne touche pas.
Pour les ressources, je recommande de commencer par notre guide de l’alphabet cyrillique — deux semaines de travail quotidien suffisent. Puis une méthode structurée (Assimil reste la meilleure pour les francophones), de la répétition espacée pour le vocabulaire (Anki), et un partenaire tandem dès le mois 2. Le niveau A2 en 12 à 18 mois est réaliste dans ces conditions.
L’accent tonique russe : pourquoi est-il si difficile ?
Nicolas Durand : Vous avez mentionné l'accent tonique. Pourquoi est-il particulièrement problématique pour les francophones ?
Élise Marchand : Le français n'a pas d'accent tonique au sens où les linguistes l'entendent. Ce que les Français appellent « accent » dans leur langue, c'est en réalité un accent de groupe rythmique — une légère mise en relief de la dernière syllabe du groupe. C'est prévisible, régulier, automatique. Le cerveau d'un francophone ne traite pas l'accent comme une information phonologique pertinente.En russe, l’accent tonique est différent de façon fondamentale. Il peut tomber sur n’importe quelle syllabe d’un mot. Il n’est pas marqué dans l’orthographe courante. Il change selon la forme grammaticale d’un même mot — ce qui veut dire que le même mot, au nominatif et au génitif, peut avoir l’accent sur des syllabes différentes. Et, surtout, il conditionne la prononciation des voyelles voisines : le о non accentué se réduit à un а bref, le е non accentué devient un и court.
Pour un francophone, deux apprentissages simultanés sont donc nécessaires : mémoriser où tombe l’accent dans chaque mot, et automatiser la réduction vocalique qui en découle. C’est un travail d’oreille considérable — il ne se fait que par l’écoute répétée de natifs. Pas de règle qui dispense d’écouter.
Notre guide sur l’écriture cursive russe vous sera utile en complément pour associer la forme écrite à la prononciation dès le début.

Méthodes d’enseignement à l’université
Nicolas Durand : Comment enseignez-vous le russe à vos étudiants à Lyon 2 ? Quelles approches vous semblent les plus efficaces ?
Élise Marchand : Notre programme à Lyon 2 est structuré en trois axes qui me semblent indissociables.Le premier axe, c’est la grammaire explicite — les règles énoncées, expliquées, contextualisées. Contrairement à ce que prônent certains courants communicatifs qui bannissent la métalangue, j’ai observé que les apprenants adultes francophones progressent beaucoup plus vite quand la règle est expliquée. Ils peuvent la relier à leur connaissance implicite du français (genre, accord, temporalité), la questionner, et anticiper les erreurs à éviter. Apprendre « à la façon d’un enfant » n’est pas optimal pour un adulte — l’adulte a des ressources analytiques que l’enfant n’a pas.
Le deuxième axe, c’est l’immersion progressive dans les textes authentiques. Dès le deuxième mois, mes étudiants lisent de vrais textes — d’abord des textes simplifiés adaptés aux débutants, puis des textes authentiques courts (dialogues de films, articles courts, chansons). L’exposition à la langue réelle, avec sa variété syntaxique et son vocabulaire non filtré, développe des compétences que les manuels ne peuvent pas donner.
Le troisième axe, c’est la production orale obligatoire à chaque cours. Pas de séance sans que chaque étudiant ait produit au moins une phrase complète à voix haute. C’est la condition pour éviter le syndrome de l’étudiant qui lit et comprend bien mais est incapable de produire. La production active des erreurs — et leur correction immédiate — est le moteur principal du progrès.
L’évolution de la langue russe ces dernières décennies
Nicolas Durand : La langue russe a-t-elle évolué significativement ces trente dernières années ? Quels changements observez-vous ?
Élise Marchand : C'est fascinant à observer d'un point de vue linguistique. Oui, le russe a évolué considérablement depuis 1991, et dans plusieurs directions.La première évolution majeure, c’est l’afflux massif d’anglicismes — un phénomène qui s’est accéléré avec internet et les réseaux sociaux. Des mots comme файл (fichier), чат (chat), постить (poster), лайкать (liker) sont entrés dans le vocabulaire courant, surtout chez les jeunes. La morphologie russe est remarquablement absorbante : elle intègre les emprunts en leur donnant des déclinaisons et des conjugaisons. Гуглить (googliser) est un verbe russe parfaitement conjugué.
La deuxième évolution concerne le niveau de langue. L’écriture informelle — SMS, réseaux sociaux, messagerie instantanée — a créé un registre qui n’existait pas il y a trente ans : un russe écrit très oral, avec des abréviations, des ellipses, des marques d’oralité. Pour un apprenant, comprendre le registre formel et le registre informel est devenu une compétence distincte.
Ce qui n’a pas changé, et c’est remarquable, c’est la structure morphologique fondamentale. Le système casuel est intact. L’aspect verbal est intact. La phonologie est stable. Le russe est une langue à forte résistance structurelle aux changements de fond — c’est ce qui en fait une langue très lisible même dans les textes du XIXe siècle pour quelqu’un qui l’a appris aujourd’hui.
Les liens entre le russe et le français
Nicolas Durand : Quels sont les liens entre le russe et le français que les apprenants sous-estiment généralement ?
Élise Marchand : Il y en a plusieurs, et ils sont souvent sous-estimés parce que l'aspect visuel du cyrillique crée une impression de total exotisme.Le premier lien, c’est le vocabulaire d’emprunt. Comme je le mentionnais, le russe du XVIIIe-XIXe siècle a absorbé massivement le français — notamment dans les domaines de la haute culture, de la politique, de la cuisine et des arts. Пальто (palto, manteau, du français paletot), котлета (kotleta, côtelette), шоссе (chaussée), балет (ballet), режиссёр (réalisateur, du français régisseur) — des centaines de mots qui sonnent familiers une fois qu’on sait les lire.
Le deuxième lien est moins évident : la tradition littéraire commune. La littérature russe du XIXe siècle a été profondément influencée par la littérature française — Pouchkine lisait Voltaire en français, Tolstoï écrivait des passages entiers en français dans Guerre et Paix. Les apprenants qui ont une culture littéraire française trouvent des résonances, des thèmes, des structures narratives familiers dans la grande littérature russe.
Le troisième lien, c’est la tradition intellectuelle des lumières et du rationalisme. La France et la Russie ont toutes deux développé de fortes traditions philosophiques, et les concepts qui y circulent — liberté, nation, conscience, révolution — ont des traductions russes directes souvent transparentes pour un francophone cultivé.
Pour les apprenants qui veulent explorer la vitalité culturelle du russe contemporain, les ressources sur la langue russe dans ses expressions artistiques contemporaines de festival-russe.com sont une entrée fascinante dans le vocabulaire vivant.

Les applications pour apprendre le russe : que valent-elles ?
Nicolas Durand : En tant que linguiste, que pensez-vous des applications comme Duolingo pour apprendre le russe ? Est-ce sérieux ?
Élise Marchand : C'est une question que je reçois souvent, et ma réponse est nuancée.Duolingo est efficace pour ce qu’il fait : créer une routine d’exposition quotidienne à la langue, introduire le vocabulaire de base, gamifier l’apprentissage pour maintenir la motivation. Pour des débutants absolus qui ont besoin d’un déclencheur, c’est un excellent outil des trois à six premiers mois. Beaucoup de mes étudiants qui avaient fait quelques semaines de Duolingo avant mon cours avaient une aisance de démarrage notable.
Ce que Duolingo ne fait pas — et ne prétend pas faire — c’est enseigner la grammaire de façon structurée. Pour le russe, où le système grammatical est la colonne vertébrale de tout, c’est une limite sérieuse. On ne peut pas apprendre le russe sans comprendre les cas, les aspects, les déclinaisons dans leur logique systémique. Duolingo les présente de façon implicite, incidentelle — insuffisant pour une vraie maîtrise.
Mon conseil : utilisez Duolingo comme complémentaire pendant les 6 premiers mois, jamais comme unique ressource. Associez-le à une méthode grammaticale structurée (Assimil ou une grammaire progressive), à Anki pour le vocabulaire, et à des échanges oraux avec des natifs. Notre guide pour débutants vous donne le planning complet semaine par semaine.
Quel conseil pour commencer le russe à 40 ans ?
Nicolas Durand : Dernière question : quel conseil donneriez-vous à quelqu'un qui commence le russe à 40 ans, sans aucune expérience des langues slaves ?
Élise Marchand : D'abord, rassurer : l'âge n'est pas l'obstacle qu'on imagine. Mes meilleurs étudiants de ces dernières années avaient entre 40 et 55 ans. La motivation intrinsèque des adultes — qui ont choisi d'apprendre pour une raison personnelle profonde — compense largement la légère réduction de plasticité cérébrale. Ce qui manque aux adultes, c'est du temps, pas de la capacité.Mon conseil en trois points :
Soyez régulier, pas intensif. Vingt minutes par jour vaut mieux que trois heures le samedi. Le cerveau adulte consolide les apprentissages linguistiques pendant le sommeil — il a besoin de stimulations répétées et espacées, pas de sessions marathon. Un déclencheur ancré dans une routine (après le café du matin, dans les transports, avant de dormir) est votre meilleur allié.
Commencez par ce qui vous motive. Si vous apprenez le russe pour la littérature, lisez des textes russes traduits en français d’abord et revenez sur les originaux progressivement. Si c’est pour voyager, commencez par les dialogues pratiques. Si c’est pour comprendre des films, regardez des films russes sous-titrés en français dès le premier mois. La motivation endogène est le principal prédicteur de succès à long terme.
Acceptez la lenteur au début. Le russe résiste les deux premiers mois. L’alphabet, les premiers cas, les premières déclinaisons — tout demande un effort conscient. C’est normal. Autour du troisième mois, quelque chose bascule : les patterns se mettent en place, les mots commencent à avoir du sens sans qu’on les décode lettre par lettre. Ce basculement vaut la peine d’attendre. Notre guide de la grammaire russe pour les pièges des slavistes peut vous aider à anticiper les nœuds grammaticaux avant qu’ils ne deviennent des blocages.
Questions rapides — idées reçues sur le russe
Nicolas Durand : Pour finir, cinq idées reçues sur le russe : vrai ou faux ?
Élise Marchand : Volontiers.Le russe est la langue la plus difficile du monde. Vrai ou faux ? Faux. Le russe est complexe, mais pas « la plus difficile ». Il est classé dans les langues difficiles pour les anglophones, mais les francophones partent avec des avantages : connaissance du genre grammatical, de l’accord des adjectifs, d’un vocabulaire savant commun. Les langues tonales (mandarin, thaï) ou les langues avec des systèmes d’écriture multiples (japonais) présentent des difficultés d’un ordre différent.
L’alphabet cyrillique prend des mois à apprendre. Vrai ou faux ? Faux. En dix à quatorze jours à raison de vingt minutes par jour, un adulte motivé lit le cyrillique couramment. C’est l’obstacle le plus surestimé de l’apprentissage du russe.
Il faut vivre en Russie pour parler vraiment russe. Vrai ou faux ? Faux, même si l’immersion accélère incontestablement le progrès. En 2026, entre les échanges tandem en ligne, les films, les podcasts, les séries russes sous-titrées et les communautés russophones partout en France, on peut construire une immersion très efficace sans quitter son salon. Le niveau B1 est tout à fait accessible en autodidacte.
Les Russes sont impatients avec les étrangers qui font des erreurs. Vrai ou faux ? Faux, dans ma longue expérience. Les Russes sont généralement très indulgents et souvent émus que quelqu’un fasse l’effort d’apprendre leur langue. Quelques erreurs de cas ne gênent personne — elles sont perçues comme naturelles chez un apprenant.
Le russe est une langue mourante qui ne vaut pas la peine d’être apprise. Vrai ou faux ? Faux. Le russe est la langue maternelle de 150 millions de personnes et la deuxième ou troisième langue de 110 millions d’autres en Asie centrale, dans le Caucase et dans la diaspora mondiale. C’est aussi la cinquième langue la plus utilisée sur internet. Et c’est la langue de Tolstoï, Dostoïevski, Tchekhov, Akhmatova, Brodsky — un accès direct à l’une des grandes littératures mondiales.
Conclusion — les 3 choses à retenir
Au moment de conclure cet entretien, Élise Marchand résume sa pensée en trois points essentiels pour tout apprenant francophone qui se lance dans le russe.
1. La grammaire est votre alliée, pas votre ennemi. Le système casuel russe, souvent perçu comme un monstre, est en réalité une logique — régulière, prévisible, apprenante. Une fois que vous avez compris pourquoi les terminaisons changent et ce qu’elles signifient, vous avez accès à une expressivité que les langues analytiques n’ont pas. La grammaire russe est la clé de voûte — pas un obstacle à contourner.
2. L’oreille avant tout. Lisez, oui. Mémorisez le vocabulaire, oui. Mais écoutez massivement — des natifs, des podcasts, des films, des chansons. L’oreille russe se construit par l’écoute répétée, pas par la règle. Un apprenant qui lit beaucoup et écoute peu aura une langue écrite sans intuition orale. Un apprenant qui écoute beaucoup aura des accents toniques et des réductions vocaliques intégrés presque naturellement.
3. La durée bat l’intensité. Le russe est un marathon, pas un sprint. Les apprenants qui persistent douze, dix-huit, vingt-quatre mois avec une routine modeste mais régulière dépassent toujours ceux qui ont fait des sprints intensifs suivis d’abandons. « Je fais dix minutes par jour sans faute depuis huit mois » vaut mieux que « j’ai fait cent heures en deux semaines il y a six mois ». La régularité construit ce que l’intensité ponctuelle ne peut pas construire.
Questions fréquentes
Quelle est la meilleure méthode pour apprendre le russe seul selon Élise Marchand ?
Élise Marchand recommande une approche en couches successives : deux semaines d’alphabet cyrillique exclusivement (20 min/jour), puis 200 mots essentiels avec Anki (10 cartes/jour), puis une méthode structurée comme Assimil avec introduction progressive des cas (nominatif et accusatif d’abord), et la pratique orale dès le mois 2 avec des natifs via Tandem ou HelloTalk. L’écoute passive quotidienne de russe authentique (podcasts, films sous-titrés) est un complément indispensable à tout ce parcours.
Le russe est-il vraiment difficile pour les francophones ?
Il est plus accessible pour les francophones que pour les anglophones, notamment grâce au vocabulaire savant commun et à la familiarité avec le concept de genre grammatical. Cependant, le système casuel à six cas, les aspects verbaux et l’accent tonique mobile représentent des défis réels qui demandent un investissement méthodique. Le Foreign Service Institute classe le russe parmi les langues difficiles, mais les francophones ont un avantage estimé à 15-20 % sur les anglophones.
Les applications comme Duolingo suffisent-elles pour apprendre le russe ?
Non, selon Élise Marchand. Duolingo est efficace pour créer une routine et introduire le vocabulaire de base (3 à 6 premiers mois), mais ne fournit pas l’enseignement grammatical structuré indispensable pour le russe. L’association Duolingo + méthode grammaticale structurée (Assimil ou grammaire progressive) + Anki + échanges oraux est bien plus efficace que Duolingo seul. L’objectif de Duolingo est l’amorçage, pas la maîtrise.
Peut-on apprendre le russe après 40 ans ?
Oui, et souvent plus efficacement que de jeunes adultes, selon Élise Marchand. Les adultes ont une motivation intrinsèque plus forte, des ressources analytiques développées et une discipline d’apprentissage que les jeunes n’ont pas toujours. La légère réduction de plasticité cérébrale est largement compensée par ces avantages. Ses meilleurs étudiants avaient souvent entre 40 et 55 ans. La clé : régularité (20 min/jour minimum), méthode structurée, et motivation ancrée dans un projet personnel concret.
Comment s’est développée la langue russe depuis 1991 ?
Le russe contemporain se distingue du russe soviétique par trois évolutions majeures : un afflux massif d’anglicismes dans le vocabulaire courant (fichier, chat, poster, liker — tous intégrés à la morphologie russe), l’émergence d’un registre informel écrit très oral propre aux réseaux sociaux et à la messagerie, et une légère démocratisation du niveau de langue formel. La structure morphologique fondamentale (système casuel, aspects verbaux, phonologie) est restée remarquablement stable.