Nicolas Bernard fait partie de ces étudiants qui ne font pas les choses à moitié. À 23 ans, en master de linguistique slave à l’Université Lumière Lyon 2, il a décidé que deux ans d’études du russe en France ne suffiraient pas — il lui fallait vivre la langue. En 2023, il partait pour une année Erasmus à l’Université d’État de Saint-Pétersbourg (SPbSU), l’une des plus anciennes et des plus prestigieuses universités russes. Un an plus tard, il rentrait avec un niveau B2 en russe, des histoires à raconter pendant des soirées entières, et une conviction : l’immersion linguistique change définitivement le rapport qu’on a à une langue.
Sophie Marchand, journaliste spécialisée en éducation et langues, l’a rencontré dans un café lyonnais pour ce long entretien. Deux heures de conversation — parfois entrecoupées de phrases en russe lancées spontanément par Nicolas, comme un réflexe acquis — pour répondre aux questions de tous ceux qui rêvent de partir étudier le russe en Russie, mais ne savent pas à quoi s’attendre vraiment.
Étudiant en master de linguistique slave, Université Lumière Lyon 2
25 ans. Année Erasmus à l'Université d'État de Saint-Pétersbourg (SPbSU) en 2023-2024. Niveau russe actuel : B2+. Prépare une thèse sur l'acquisition des cas russes par les apprenants francophones.
Ce qui a poussé à choisir la Russie pour un Erasmus
Sophie Marchand : Nicolas, l'Erasmus en Russie est une décision assez inhabituele — la plupart de tes camarades partent en Espagne, en Allemagne, en Italie. Qu'est-ce qui t'a poussé à choisir Saint-Pétersbourg spécifiquement ?
Nicolas Bernard : Honnêtement, une combinaison de passion et d'obstination. J'apprends le russe depuis mes 18 ans — c'est une décision que j'ai prise après avoir lu Dostoïevski en traduction et m'être demandé ce que ça donnait dans l'original. La fascination pour la langue a précédé l'Erasmus de quelques années.Mais la raison concrète, c’est la conviction — partagée par mes professeurs de Lyon — qu’on ne peut pas vraiment maîtriser le russe sans une période d’immersion totale. Ce n’est pas vrai pour toutes les langues. Pour l’espagnol, un très bon niveau peut s’acquérir entièrement en France avec les ressources actuelles. Pour le russe, il y a quelque chose dans la langue parlée, dans le rythme, dans les automatismes grammaticaux, qu’on ne peut pas acquérir autrement qu’en vivant dans la langue 24h/24. J’en suis convaincu après cette année — et doublement convaincu maintenant que je suis rentré.
Saint-Pétersbourg plutôt que Moscou parce que l’université de Lyon avait un accord avec SPbSU, et parce que la ville est réputée pour être l’une des capitales culturelles les plus stimulantes d’Europe — théâtres, musées, architecture néo-classique, une scène artistique incroyablement vivante. Et aussi parce que le russe parlé à Saint-Pétersbourg est considéré comme légèrement plus « soutenu » que le russe moscovite — les Russes font eux-mêmes cette distinction. Pour un étudiant en linguistique, c’était intéressant.
Le niveau de russe au départ et la préparation avant l’immersion
Sophie Marchand : Quel était ton niveau de russe quand tu as décollé pour Saint-Pétersbourg, et comment t'étais-tu préparé ?
Nicolas Bernard : J'avais un B1 solide, peut-être un B1+ — ce que j'appellerais « le niveau de l'étudiant bien préparé ». Je lisais sans difficultés, je comprenais des textes écrits assez complexes, j'avais une bonne base grammaticale (les six cas, les aspects verbaux, les verbes de mouvement — les grandes bases). En revanche, mon oral était clairement en retard sur mon écrit : j'hésitais beaucoup, je cherchais mes mots, je prononçais avec un accent français prononcé.Pour me préparer les six mois avant le départ, j’avais augmenté mon exposition passive au russe. Beaucoup de films russes en V.O. (Tarkovski, Zviaguintsev, la série Brigada pour le russe familier), des podcasts Slow Russian, deux à trois sessions d’échange tandem par semaine avec des étudiants russes qui apprenaient le français. J’ai aussi commencé à penser en russe dans ma tête — me raconter ma journée en russe, décrire ce que je voyais dans la rue. Un exercice simple mais efficace pour activer les structures sans les produire à voix haute.
Je conseille toujours aux futurs Erasmus d’être honnêtes sur leur niveau oral. Beaucoup arrivent avec un bon niveau écrit et se retrouvent bloqués les premières semaines parce que l’oral est catastrophique. Le niveau écrit ne protège pas du choc linguistique. Pour construire cette base avant de partir, le guide pour apprendre le russe adulte propose une méthode structurée adaptée aux apprenants autonomes, avec un focus particulier sur l’oral.
Les premiers jours à Saint-Pétersbourg — le choc linguistique
Sophie Marchand : Décris-nous les premiers jours. Qu'est-ce qui t'a le plus frappé linguistiquement ?
Nicolas Bernard : Le choc, c'est la vitesse. Je savais théoriquement que le russe parlé par les natifs était différent du russe enseigné. Mais théoriquement et pratiquement, c'est un gouffre.Dans le métro de Saint-Pétersbourg, la première semaine, je ne comprenais presque rien. Pas parce que le vocabulaire était inconnu — c’était souvent des mots que je connaissais — mais parce que les Russes parlent vite, réduisent les voyelles, avalent les syllabes, s’interrompent mutuellement, finissent les phrases les uns des autres. La langue familière parlée est radicalement différente du russe « scolaire ». Par exemple, « il faut » (нужно) devient souvent « нада » dans le registre familier oral. « Quelque chose » (что-нибудь) devient couramment « чё-нить ». Ces formes contractées, je les connaissais intellectuellement, mais les reconnaître à la volée dans un débit naturel — c’est autre chose.
Le deuxième choc, c’est l’absence d’anglais. À Saint-Pétersbourg, contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, l’anglais n’est pas universel. Dans les administrations universitaires, chez le boulanger du quartier, à la pharmacie, dans les transports — vous parlez russe ou vous ne communiquez pas. C’est brutal les dix premiers jours, et c’est exactement ce qu’il faut. Cette contrainte force l’activation. On se souvient de tout le russe qu’on croyait ne pas avoir.
La troisième surprise, c’est la chaleur immédiate des Russes dès qu’ils comprennent que vous apprenez leur langue. J’ai eu droit à des conversations spontanées dans les queues, à des explications de vocabulaire très détaillées de la part de complets inconnus, à des invitations chez des gens que je connaissais depuis vingt minutes. Le statut « étudiant étranger qui essaie de parler russe » ouvre des portes que je n’attendais pas.

L’organisation concrète d’une journée d’immersion totale en russe
Sophie Marchand : Concrètement, à quoi ressemblait une journée d'immersion ? Comment organisais-tu ton apprentissage ?
Nicolas Bernard : Je distingue deux phases dans mon année : les quatre premiers mois, où je gérais la survie linguistique, et les huit mois suivants, où j'avançais vraiment.Les quatre premiers mois, la journée était structurée autour du cours du matin (cours de russe pour étrangers à l’université, 4h par jour, 5 jours par semaine), puis de l’exploration. Je prenais le métro exprès pour des itinéraires inutiles — juste pour entendre du russe, lire les annonces, suivre les conversations autour de moi. Le soir, je regardais une série russe avec sous-titres russes (pas français — russe, c’est fondamental pour l’association son-graphie).
Après le premier mois, j’ai arrêté de chercher des contacts francophones. Décision difficile, un peu douloureuse, mais absolument nécessaire. J’avais quelques amis français dans le programme et je limitais délibérément notre temps ensemble pour éviter le ghetto linguistique — ce réflexe de repli dans la langue maternelle que tous les Erasmus connaissent.
J’avais aussi un système de journal quotidien en russe : chaque soir, 15 minutes pour écrire ce qui m’était arrivé dans la journée, les mots nouveaux entendus, les expressions idiomatiques remarquées. Avec une correction hebdomadaire par une camarade russe (en échange de correction de son français). Ce journal, je le relis aujourd’hui — c’est fascinant de voir la progression. Les premières entrées sont laborieuses, bourrées de fautes. Après six mois, elles sont fluides.
Pour en savoir plus sur les écoles de russe accessibles en Russie et comment les comparer, notre guide des écoles de russe en Russie donne des informations pratiques sur les programmes d’accueil pour les étudiants étrangers, les cours préparatoires et les partenariats universitaires.
Ce qui a le plus accéléré la progression en russe
Sophie Marchand : Si tu devais identifier un ou deux facteurs qui ont le plus accéléré ta progression en russe pendant cette année, lesquels seraient-ils ?
Nicolas Bernard : Le premier, sans hésitation : les amitiés avec des natifs qui ne parlent pas du tout anglais ou français. Mon meilleur ami à Saint-Pétersbourg est Andreï, étudiant en physique, qui parle exactement zéro mot de français et un anglais très limité. Résultat : on parle russe. Tout le temps. Il corrige mes erreurs naturellement, dans le flux de la conversation, sans en faire une leçon — c'est immensément plus efficace que n'importe quel cours. Et parce qu'on est amis, parce qu'il y a un enjeu émotionnel, le cerveau retient beaucoup mieux.Le deuxième facteur, c’est le travail de compréhension orale intensive. Dès le troisième mois, j’ai commencé à regarder des émissions de débat politique russe — des plateaux avec plusieurs interlocuteurs qui parlent en même temps, qui s’interrompent, qui utilisent un vocabulaire très varié. C’était totalement au-dessus de mon niveau. Je comprenais 30 % la première semaine, 50 % au bout d’un mois, 80 % au bout de trois mois. Cette technique — immerger délibérément le cerveau dans du contenu trop difficile — est validée par la recherche (input compréhensible +1 de Krashen) et elle fonctionne spectaculairement bien pour le russe.
Ce que je n’aurais pas pu faire en France, c’est précisément cette combinaison : amis natifs + exposition quotidienne incontrôlable à la langue (métro, marchés, cafés, queues, voisins) + cours universitaires en russe sur des sujets qui m’intéressent (linguistique, littérature russe). La salle de classe ne peut pas reproduire ça, même avec le meilleur professeur du monde.
Les difficultés culturelles et leur impact sur l’apprentissage de la langue
Sophie Marchand : Il y a souvent un lien entre les difficultés culturelles et les blocages linguistiques. As-tu vécu ça ?
Nicolas Bernard : Absolument. Et je pense qu'on sous-estime à quel point les deux sont liés.La difficulté culturelle principale pour moi, c’était le rapport russe à la franchise. Les Russes peuvent être d’une honnêteté désarmante, parfois brutale pour un Français. Ma première colocataire russophone m’a dit, lors de notre première conversation sérieuse, que mon russe était « médiocre » et qu’il fallait que je travaille l’intonation. Pas de ménagement, pas de périphrases. En France, même un professeur prendrait mille précautions pour dire la même chose. En Russie, c’était dit avec une sorte de bienveillance directe — tu as un problème, je te le dis, corrige-le. Choquant la première fois, libérateur sur la durée.
Cette directness culturelle a en fait accéléré mon apprentissage, parce que j’avais un retour honnête immédiat sur mes erreurs. Mais ça demande de laisser son ego de côté, ce qui n’est pas facile quand on apprend une langue.
La deuxième difficulté culturelle, c’est le rythme de la vie sociale russe. Les soirées commencent tard, durent longtemps, les conversations sont profondes et exigent un vocabulaire que je n’avais pas encore. J’ai vécu des soirées où j’étais épuisé, où je ne comprenais plus rien parce que la conversation avait basculé dans un registre argotique ou littéraire trop avancé pour moi — et où j’ai dû choisir entre me taire (et rater des heures de langue authentique) ou parler mal (et accepter d’être corrigé publiquement). J’ai choisi de parler mal, toujours. Ça paye.
La vie quotidienne à Saint-Pétersbourg — ses rythmes, ses codes, ses habitudes — est très bien documentée sur Voyage en Russie, qui donne des clés culturelles pratiques pour comprendre ce que vivent les résidents étrangers en Russie, au-delà du simple guidebook. Pour les projets de séjour linguistique plus courts, Séjours Russie propose des formules de séjour intensif adaptées aux francophones.
La progression sur la grammaire des cas pendant l’immersion
Sophie Marchand : Tu es en master de linguistique slave. La grammaire des cas en russe est réputée difficile. Comment as-tu progressé là-dessus pendant l'immersion ?
Nicolas Bernard : C'est fascinant à observer de l'intérieur, parce que la progression sur les cas n'est pas consciente. On ne passe pas par une phase où on réfléchit : « ici je dois utiliser le génitif pluriel, donc la terminaison est -ов pour les masculins ». Ça, c'est ce qui se passe en classe. En immersion, les cas s'automatisent par l'exposition massive.Les trois premiers mois, je faisais encore des fautes massives sur les cas — instrumentaux et prépositionnels surtout. À partir du quatrième mois, j’ai remarqué quelque chose d’étrange : certaines formes commençaient à « sonner faux » sans que je sache pourquoi. Une phrase avec un cas incorrect me donnait une sensation de légère dissonance. C’est l’oreille qui développe l’automatisme avant le cerveau analytique.
Au bout de huit mois, j’utilisais les six cas correctement dans environ 85 % des cas (sans mauvais jeu de mots), sans réfléchir. Les 15 % restants concernent surtout les formes peu fréquentes — génitif pluriel des adjectifs, instrumental du pluriel de certains types de noms. Ces formes, on les entend peu dans la langue quotidienne, donc l’automatisation prend plus de temps.
Mon conseil pour les apprenants qui veulent accélérer la maîtrise des cas sans partir en Russie : exposez-vous massivement à du russe parlé authentique, même sans tout comprendre. L’oreille intègre les patterns grammaticaux plus vite que le cerveau analytique. Lisez aussi beaucoup — pas pour traduire mot à mot, mais pour voir les formes en contexte répété.

Ce qui aurait dû être fait différemment avant le départ
Sophie Marchand : Avec le recul, qu'aurais-tu fait différemment pour préparer ton Erasmus en Russie ?
Nicolas Bernard : Trois choses, par ordre d'importance.Travailler l’oral beaucoup plus tôt. Je suis arrivé avec un déséquilibre écrit-oral important — je lisais bien, j’écrivais correctement, mais je parlais mal. Si j’avais consacré les six mois précédents à autant de sessions tandem et de shadowing oral que j’en ai fait ensuite, le choc des premières semaines aurait été moins brutal.
Mémoriser plus de vocabulaire familier et argotique avant de partir. Les cours de langue enseignent un russe « propre » et relativement formel. La langue réelle des jeunes Russes contemporains est truffée d’anglicismes russifiés, d’abréviations, de formules issues de la culture internet russe. Ne pas reconnaître ces formes dans les premières semaines créait des ruptures de compréhension frustrantes même dans des conversations simples.
Établir des contacts russes avant de partir. Les applications d’échange linguistique (Tandem, HelloTalk) permettent de nouer des relations avec des locuteurs natifs avant l’arrivée. Si j’avais eu deux ou trois contacts à Saint-Pétersbourg prêts à me montrer la ville et à parler russe avec moi dès les premiers jours, l’intégration aurait été beaucoup plus rapide. J’ai mis six semaines à me constituer un réseau social ; ce réseau, je l’aurais voulu en place dès le premier jour.
Notre guide complet pour apprendre le russe seul à la maison couvre précisément cette préparation de l’oral et du vocabulaire — les mêmes techniques que celles que j’aurais dû utiliser systématiquement avant de partir. Et si vous êtes adulte qui reprend la langue après une pause, le guide pour apprendre le russe adulte est particulièrement adapté.
Peut-on recréer une immersion en russe sans partir en Russie ?
Sophie Marchand : La question que tout le monde se pose : peut-on reproduire une expérience d'immersion sans partir physiquement en Russie ?
Nicolas Bernard : Partiellement, oui. Totalement, non. La nuance est importante.Ce qu’on peut reproduire en France : l’exposition massive à la langue authentique (séries, podcasts, films sans sous-titres français), la pratique orale intensive via les échanges tandem avec des natifs (Tandem, HelloTalk, italki), l’environnement russophone partiel (changer la langue de son téléphone, de ses applications, de son navigateur en russe), la lecture de textes authentiques à son niveau et au-dessus.
Ce qu’on ne peut pas reproduire : la contrainte totale. En France, quoi qu’il arrive, vous pouvez passer en français quand vous êtes épuisé ou dépassé. En Russie, cette option n’existe pas — c’est la clé. Cette contrainte absolue force des processus d’acquisition que le cerveau ne déclencherait jamais dans un environnement où la langue maternelle est disponible.
On ne peut pas non plus reproduire l’immersion culturelle : les subtilités des conversations quotidiennes, les sous-entendus culturels, l’humour national, le rapport au temps, les codes non dits des interactions sociales. Ces dimensions, qui imprègnent la langue à chaque niveau, ne s’apprennent pas autrement qu’en les vivant.
Ma recommandation : utilisez les outils d’immersion artificielle sérieusement pour atteindre le B1, puis partez en immersion réelle. L’immersion artificielle jusqu’au B1, l’immersion réelle pour le B1 → B2+. Pour ceux qui préparent un séjour en Russie, notre guide pour progresser du B1 au B2 en russe donne les techniques spécifiques à ce plateau — c’est précisément le niveau auquel l’immersion réelle devient la plus productive.
Questions rapides : les réalités de l’immersion en russe
Les premières semaines sont les plus difficiles ? Vrai ou faux. Vrai, mais c’est aussi la période où on progresse le plus vite. Le cerveau, mis en situation de survie linguistique, développe des automatismes avec une rapidité déconcertante. Passez à travers les premières semaines et le reste devient exponentiellement plus facile.
On perd son niveau de russe en rentrant en France ? Vrai ou faux. Partiellement vrai si on ne maintient pas d’exposition régulière. Faux si on continue une pratique quotidienne minime (30 min/jour). J’ai conservé 90 % de mes acquis dix-huit mois après le retour grâce à une pratique régulière — films, podcasts, correspondance avec des amis russes.
L’immersion suffit sans cours formel ? Vrai ou faux. Faux, en tout cas jusqu’au B1. L’immersion accélère et consolide, mais elle ne donne pas la base grammaticale que seule une formation structurée peut apporter. La combinaison cours + immersion est de loin la plus efficace. J’avais deux cours de grammaire formels par semaine à SPbSU — sans eux, certaines structures seraient restées floues.
Les Russes sont impatients avec les étrangers qui parlent mal le russe ? Vrai ou faux. Faux, dans l’immense majorité de mes expériences. La patience des Russes face aux étrangers qui font l’effort d’apprendre leur langue m’a régulièrement surpris. Des inconnus ont passé quinze minutes à m’expliquer un mot, à me corriger l’intonation d’une phrase. L’effort linguistique est perçu comme un signe de respect profond.
Saint-Pétersbourg est une ville facile pour un débutant en russe ? Vrai ou faux. Ni vrai ni faux — Saint-Pétersbourg est stimulante mais pas « facile ». L’anglais est présent dans les zones touristiques (Nevski Prospekt, l’Ermitage) mais absent des quartiers résidentiels. C’est cette mixité qui est intéressante pour un apprenant : vous pouvez vous faire aider en anglais si vous êtes vraiment bloqué, mais le russe est partout.
Conclusion : les 3 choses à retenir
Au moment de conclure, Nicolas Bernard résume son année saint-pétersbourgeoise en trois convictions forgées dans l’expérience directe.
1. L’immersion ne remplace pas la préparation, elle la multiplie. Arriver en immersion sans une base solide (au moins A2-B1), c’est se noyer. Arriver avec une base solide, c’est voir cette base se démultiplier en quelques mois. L’immersion est un amplificateur, pas un substitut. Préparez votre niveau avant de partir, et l’immersion fera le reste.
2. Les amis natifs sont plus précieux que les cours. Les cours donnent la structure, les professeurs donnent la correction formelle. Mais la langue vivante, les automatismes, le registre oral, l’humour, les sous-entendus culturels — tout cela vient des amitiés avec des locuteurs natifs qui ne vous ménagent pas. Cherchez des amis qui ne parlent pas votre langue. C’est inconfortable. C’est transformateur.
3. L’immersion change votre rapport à la langue, pas seulement votre niveau. Avant Saint-Pétersbourg, le russe était pour moi un objet d’étude — quelque chose que j’apprenais. Après, c’est une partie de mon identité linguistique. Je pense en russe dans certaines situations. Je rêve parfois en russe. Des souvenirs très précis sont stockés en russe dans ma mémoire, non pas traduits mais vécus directement dans la langue. Ce rapport intime à la langue, c’est ce que l’immersion donne au-delà du niveau grammatical — et c’est ce qui fait qu’on n’arrête jamais vraiment d’apprendre.
Questions fréquentes
Quel niveau de russe faut-il avant un Erasmus en Russie ?
Nicolas Bernard recommande d’avoir au minimum un niveau A2 solide, idéalement B1, avant de partir en Erasmus en Russie. En-dessous du A2, les premières semaines sont trop déstabilisantes et on perd un temps précieux sur des choses qu’on aurait pu apprendre en France. Avec un B1, on est en position de tirer le maximum de l’immersion dès les premières semaines. Il insiste particulièrement sur le niveau oral : avoir un B1 à l’écrit mais un A1 à l’oral est un désavantage majeur. Travaillez l’oral (shadowing, tandem) dans les six mois qui précèdent le départ autant que possible.
L’immersion linguistique en Russie accélère-t-elle vraiment l’apprentissage ?
Oui, de façon très significative. Nicolas Bernard est passé d’un B1 à un B2+ en 12 mois d’immersion, une progression qui aurait demandé 3 à 4 ans de travail en France. Cette accélération tient à plusieurs facteurs : exposition quotidienne involontaire (transport, commerce, administration), contrainte absolue de communiquer en russe, développement des automatismes grammaticaux par l’oral intensif, et amitiés avec des natifs. L’immersion est particulièrement efficace pour le niveau oral, qui progresse beaucoup plus vite que dans un contexte d’apprentissage classique.
Comment préparer son Erasmus en Russie ?
Les conseils de Nicolas Bernard : (1) Atteindre le B1 avant de partir, en travaillant particulièrement l’oral (tandem, shadowing). (2) Mémoriser du vocabulaire familier et argotique en plus du vocabulaire scolaire standard. (3) Établir des contacts à destination avant le départ via les applications d’échange linguistique. (4) Décider dès le départ de limiter les contacts avec les autres francophones pour éviter le ghetto linguistique. (5) Tenir un journal quotidien en russe dès le premier jour — une phrase suffit au début, mais l’habitude est fondamentale.
Peut-on faire un Erasmus en Russie en 2026 ?
La situation des programmes Erasmus vers la Russie a évolué depuis 2022 en raison du contexte géopolitique. La plupart des accords Erasmus officiels entre universités européennes et universités russes ont été suspendus. Des programmes de mobilité hors-Erasmus existent encore dans certains établissements (accords bilatéraux directs, programmes de l’Agence Universitaire de la Francophonie). Renseignez-vous directement auprès du département de slavistique de votre université — les options varient selon les établissements et les relations bilatérales spécifiques.
Quel est l’impact de l’immersion sur la grammaire des cas russes ?
Selon Nicolas Bernard, la maîtrise des cas russes s’améliore très significativement grâce à l’immersion — mais pas par un apprentissage conscient des règles, plutôt par automatisation auditive. L’oreille développe un sens de ce qui « sonne juste » avant que le cerveau ne puisse articuler la règle grammaticale. Après 8 mois d’immersion, il utilisait les six cas correctement dans environ 85 % des cas sans réfléchir. Pour accélérer ce processus, il recommande l’exposition massive à du russe parlé authentique — même incompréhensible au début — plutôt que la mémorisation de tableaux de déclinaisons.